Une démarche de pionniers*
Solar Odyssey est un pari sur l’avenir qui s’appuie sur le recyclage de techniques. Tout comme certains grands navires, il utilise l’énergie électrique pour sa propulsion. Mais à la grande différence de chacun d’eux, il ne consomme aucun combustible.
Les premiers essais de propulsion électrique démarrent en 1838 sur un canot à piles à Saint-Pétersbourg. Après un siècle d’innovations et d’améliorations successives des machines à vapeurs alternatives, puis des turbines et enfin des moteurs diesel, une pléiade de navires à propulsion électrique apparaît pendant l’entre-deux guerres. Ainsi en 1935, le plus puissant navire civil à propulsion électrique, le paquebot Normandie, décroche le ruban bleu en traversant l’Atlantique Nord en 4 jours. En 2004, le plus grand navire à passagers à propulsion électrique, le Queen Mary 2, consomme quotidiennement 350t de gasoil et rejette plus de 1000t de C02.
Nous faudra-t-il à nous aussi plus d’un siècle pour passer de la modeste puissance du moteur solaire du Solar Odyssey à celle des applications de grande envergure ? Nul ne peut l’affirmer, mais il importe que dès aujourd’hui, des pionniers, tout à fait conscients de l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir, se lancent dans cette aventure. Car ne nous y trompons pas, la technologie mise en oeuvre par Solar Odyssey porte en elle le germe d’une innovation de rupture conduisant à une révolution technologique de premier plan : celle de l’absence de combustible embarqué.
Canot à moteur électrique «Eureka» (années 1880) de G. Trouvé, alimenté par des piles au bichromate.
* Par Pascal Robert
Enseignant à l’Ecole nationale de la Marine Marchande de Nantes - auteur du livre “ Histoire des techniques électriques employées sur les navires civils au XIXe s. ”.